New
York, 1891. William Coley, 28 ans, chirurgien au Memorial Hospital,
perd une jeune patiente de 17 ans d'un sarcome. Il est dévasté. Il passe
des semaines à fouiller les archives médicales de l'hôpital, cherchant
si quelqu'un a déjà survécu à ce type de tumeur.
Il
tombe sur un cas : un patient avait survécu à un sarcome avancé après
avoir contracté une grave infection à streptocoque. La fièvre intense
avait précédé la disparition de la tumeur. Coley comprend quelque chose :
peut-être que le système immunitaire, activé par l'infection, avait
aussi attaqué le cancer.
Il
commence à injecter des bactéries streptocoque directement dans les
tumeurs de ses patients cancéreux. Les résultats sont stupéfiants :
certains patients dont les tumeurs semblaient inopérables voient leurs
cancers régresser complètement. Entre 1891 et 1936, il traite des
centaines de patients. Ses taux de guérison sur certains sarcomes
dépassent ce que la chimiothérapie obtiendra 80 ans plus tard.
Mais
la médecine de son époque ne comprend pas et ne croit pas. Marie Curie
vient de découvrir la radiation : la radiothérapie paraît scientifique,
moderne, précise. Les toxines de Coley paraissent primitives, non
reproductibles, non standardisées. Il est marginalisé. Après sa mort en
1936, ses travaux tombent dans l'oubli institutionnel.
Ce
n'est qu'à partir des années 1980, avec le développement de
l'immunologie, que la médecine comprend rétrospectivement ce que Coley
avait découvert : que le système immunitaire peut être activé pour
combattre le cancer. C'est le principe exact de l'immunothérapie, qui
révolutionne l'oncologie au XXIe siècle.
William
Coley est aujourd'hui reconnu comme le père de l'immunothérapie
cancéreuse. Il avait réinventé le principe 100 ans trop tôt.
Posté le 2026-07-03 16:55:40
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